• Chapitre 6

     

    Chapitre 6 : Petite garce

    J'ai répondu à la lettre de menace et me suis donc rendue chez Fabien. Grosse erreur de ma part d'y aller seule. Laurent et Mathis sont venus m'aider, je ne sais pas comment ils ont su. Nous nous sommes faits poursuivre par quatre hommes. L'un deux a tiré sur Laurent. Nous sommes allés à l'hôpital, les hommes ont été arrêtés et les parents de Laurent sont venus lui rendre visite...

     

     

         Quatre jours se sont écoulés depuis l'incident chez Fabien. Laurent est sorti de l'hôpital hier, samedi. Le jeudi, je suis restée auprès de lui. D'ailleurs, nous n'avons pas eu de nouvelles de son père depuis sa visite jeudi matin. Le vendredi, je suis revenue en cours. J'ai tout avoué à Émilie qui m'a prise dans ses bras à la fin de mon discours. Elle m'en a voulu car je ne lui ai pas dit plus tôt. La journée fût longue mais se passe relativement bien. Le soir, je reçu un appel de l'assistante sociale qui me disait qu'elle avait trouvé une famille d'accueil que je rencontrerai dimanche, autrement dit aujourd'hui. Je lui ai dit que j'avais un chat aussi, donc normalement la famille est au courant. Laurent va venir m'aider à terminer les cartons. Il veut absolument m'aider à les porter alors même qu'il a été blessé mercredi. Il va arriver d'ici une dizaine de minutes. Je suis allée acheter un sac spécial pour porter Lightning jusqu'à la nouvelle maison. J'ai finis de mettre dans des cartons les objets du salon, de la salle de bain et de ma chambre. Il reste encore la cuisine. Et les affaires de maman et d'Enzo. J'ai gardé les plus importantes : objets fétiches, préférés, albums photos, habits du mariage, les habits d'Enzo quand il était encore un nourrisson. Il était vraiment adorable. J'ai aussi gardé tout ce qui concerné les papiers importants et les peintures qu'Enzo faisait à l'école, les cadeaux que nous avons offerts à maman.

         Je prends un carton et je commence à y ranger les objets fragiles : verres, assiettes, tasses,... quand on sonne à la porte. J'ouvre à Laurent qui sourit en me voyant. Il entre et je ferme la porte derrière lui. Il demande si je suis prête. Je lui réponds positivement. Son sourire n'est plus très joyeux.
    « - Tu vas déménager...
    - Eh oui...
    - Tu seras loin ? » Demande-t-il. Je ne peux pas m'empêcher de rigoler. Il me regarde surpris de ma réaction à sa question.
    « - Je ne te l'ai pas dit, mais ma famille habite à Valeythe ! » C'est un village voisin, à une demie-heure d'ici à pied et à dix en voiture.
    « - Pardon ? Et tu m'avais caché ça ? » Je rigole. « Viens là ! » Je cours dans la maison mais il m'attrape et nous tombons sur le canapé. Il me regarde rire. Je me calme un peu et le regarde à mon tour. Nous rigolons en même temps.
    « - Allez ! » Laurent se relève et me dit que nous avons du travail. Il termine de remplir le carton que j'avais commencé et que je ferme avec du scotch. Il prend un second carton pendant que j'écris fragile sur celui-ci. Quand j'ai fini d'écrire, Laurent est en train de prendre les casseroles et les poêles. Je range les couverts et garde ceux dont nos prénoms sont inscrits dessus.
    « - Tu vas faire quoi des objets que ta famille ont déjà ? Comme le réfrigérateur, le four, et le reste ?
    - L'assistante sociale les récupère et va les vendre. » Il marque un temps de silence en hésitant à dire quelque chose, puis il décide de se lancer.
    « - Et... Le jour où tu en auras besoin ? Par exemple, un frigo c'est assez coûteux, et quand tu seras adulte, que tu auras un appartement, ça sera plus simple pour toi... » Je rougis. J'ai très compris ce qu'il voulait dire.
    « - D'ici là, nous avons le temps, non ?
    - Nous... » Ses joues virent au rouge tomate.
    « - Je demanderai à l'assistante si elle peut mettre quelques objets de côté ! » Ses joues redeviennent peu à peu claires. Nous finissons de mettre les objets de la cuisine dans des cartons et nous descendons ensuite tous les cartons qui se trouvent à l'étage. Laurent me demande lequel il peur porter. Je lui montre du doigt un carton et le préviens comme quoi il est assez lourd. Il sourit et le porte. Du moins il essaye. Il le prend et le relâche d'un coup.
    « - Il y a quoi dans ce carton ? » Je rigole.
    « - Je t'avais prévenu ! Il y a tous les livres de la maison. » Il me regarde choqué. J'avais pesé le carton hier après l'avoir fait. Il fait en tout trente-six kilogrammes. Laurent le porte et le descend très rapidement au rez-de-chaussée. Il revient et prend un autre carton. Nous les descendons tous après une demie-heure. Je lui propose de boire quelque chose. Je lui sers un verre, en plastique, de jus de pomme. Il regarde le frigo et dit :
    « - Heureusement que tu rejoins ta famille, tu n'as plus rien. 
    - Eh oui. » Il me regarde de travers.
    « - Ah non ! Ne me dis pas que tu n'as pas mangé depuis jeudi.
    - Si, si, ne t'inquiète pas. J'ai mangé.
    - Suffisamment?
    - Autant que mon corps le réclamait.
    - Donc pas beaucoup. » Grommelle-t-il. Je lui passe le verre. Il me remercie et boit. Dans moins d'une heure, l'assistante va arriver avec un camion de déménagement. Je commence à me dire que je ne reverrai plus les gros objets comme la commode du salon ou l'armoire de ma mère, que je vais emménager chez des personnes que je ne connaîtrai pas. Je reviens dans le présent. Laurent me dévisage.
    « - J'espère qu'elles cicatriseront tes marques sur les joues...
    - Le docteur m'a dit qu'il faudrait environ deux mois et que les cicatrices se verront toujours, mais que ça ne sera pas flagrant. » Il ne répond rien. Nous apportons ensuite les cartons le plus près possible de la porte d'entrée puis nous attendons l'arrivée de l'assistante. Pendant que nous attendons, Laurent me passe une enveloppe. Je lui demande ce que c'est.
    « - Ouvre, tu verras... » Dit-il gêné. J'ouvre l'enveloppe et je trouve une photo. C'est une photo de lui et de moi en train de dormir. Je deviens tout aussi gênée et sens une couleur rougeâtre recouvrir mes joues.
    « - Elle.. Ma mère... L'a prise pendant que nous dormions, mercredi... Et comme je la trouve tout de même bien, je te l'ai imprimée. » Un grand sourire naît sur mon visage. Je le remercie en le prenant dans mes bras. Il passe ses bras autour de moi et serre un peu, pas trop fort. « Je suis bien avec toi » pensé-je. Et je n'ai pas dû seulement le penser car il me dit :
    « - Moi aussi. » A ce moment, la sonnerie retentit. J'ouvre la porte et accueille l'assistante. Elle est petite, brune, aux yeux marron foncé. Elle demande si je suis prête et nous commençons à déplacer les cartons jusqu'au camion.

         Nous finissons vers midi et demie. L'assistante prévient la famille qui nous attend. Elle propose à Laurent de venir, si ça peut m'aider à ne pas être angoissée devant eux et qui accepte. Nous montons dans le camion et partons pour Valeythe. Je pose la cage de Lightning sur mes genoux et l'observe dormir. Ça ne fait que quelques jours que je l'ai, mais elle a déjà grandit. L'assistante me pose plusieurs questions sur moi. Parfois Laurent répond à ma place et dans ces cas-là, je le regarde époustouflée. Après une dizaine de minutes, nous arrivons à Valeythe. Nous passons devant l'école maternelle puis par la place de l’Église avant de prendre un chemin qui monte et atteindre la maison de ma famille d'accueil.
    « - Pour moi, ça va, j'ai retenu le chemin. » Déclare Laurent en rigolant. Nous descendons et apercevons la famille. Ils s'approchent et saluent l'assistante qu'ils ont déjà rencontrée auparavant. Ils sont trois : un homme, une femme et une enfant. L'homme est blond, ses yeux sont verts, il mesure environ un mètre quatre-vingt et il est souriant comme sa femme. Elle est assez petite, ses cheveux sont longs et châtain quant à ses yeux ils sont marron. Enfin l'enfant doit avoir neuf ou dix ans. Elle est blonde, aux yeux marron très clair et elle a un grand sourire qui ferait presque peur. Ils me saluent en se présentant. L'homme s'appelle Pascal, la femme Lucie et l'enfant Ophélie. Quand elle me salue elle rigole. Je souris gênée et sans comprendre ce qui l'a fait rire. Peut-être mes cicatrices sur les joues ? Je leur présente Laurent en tant qu'ami uniquement. La famille décide de nous montrer la maison et d'ensuite aller déjeuner. Quand nous entrons, nous arrivons directement dans le salon dont les couleurs orange et rouge ressortent le plus. Elle est contiguë avec la cuisine. Ensuite nous montons à l'étage où se trouvent les chambres et la salle de bain. Il y a des toilettes aux deux étages. Ma chambre se situe en face de celle d'Ophélie. Elle est plus grande que mon ancienne chambre. Un mur est peint en violet très transparent, les autres sont blancs. Les rideaux sont bordeaux. Il y a une armoire insérée dans le mur, un lit en bois blanc le même bois que le bureau et que la mini bibliothèque. Il y a des étagères, une table-basse posée sur un tapis épais et violet et une lampe à bulles sur le bureau. Après avoir visité l'intérieur de la maison, nous sortons dans le jardin. Il y a une terrasse en bois sur laquelle est installée une table à banc et des fauteuils. Nous prenons un petit chemin parsemé de cailloux blancs et atteignons une piscine. Juste à côté est emménagé un potager.
    « - Et voilà ! La visite est terminée ! » Avoue Pascal en rigolant.
    « - Venez, nous allons déjeuner. » Dit doucement Lucie. « Ophélie, viens avec moi, nous allons préparer une petite entrée.
    - D'accord ! » Répond Ophélie en me regardant. Elles partent devant.
    « - Donc tu es en troisième Léa, c'est ça ? » Me demande Pascal.
    « - C'est exacte.
    - Et toi aussi ? Laurent, je ne me trompe pas ?
    - Tout à fait. Mais nous ne sommes pas dans la même classe.
    - D'accord ! » Dit Pascal souriant. « Ah oui! Léa, je voulais te demander, comment s'appelle ton chat ?
    - Lightning.
    -Lightning... » Il semble réfléchir. « C'est de l'Anglais ?
    - Oui. Ça signifie foudre. »Il dit que c'est très joli. Et comme nous sommes arrivés à la terrasse, il nous propose de nous asseoir. Je m'installe à côté de Laurent. L'assistante plaisante en disant qu'elle a bien fait d'inviter Laurent, ce qui le fait rire. Moi, je suis gênée. Ils sont gentils et accueillants alors qu'ils ne me connaissent même pas. Laurent me prend discrètement la main pour me rassurer. Je lui souris. Lucie et Ophélie arrivent avec une salade et des boissons. Lucie s'assied à côté de moi. Elle nous sert un jus d'orange et un peu de salade. Pendant tout le repas, ils me posent des questions sur mes goûts, qui les surprennent d'ailleurs., et à Laurent aussi.

         Le repas terminé, tout le monde aide pour déplacer mes affaires. Quand nous finissons, Pascal et Lucie partent faire la vaisselle après avoir remercier l'assistante qui repart. Laurent reste avec moi pour m'aider à déballer mes affaires. Ophélie dit qu'elle veut nous secourir. Laurent et moi rigolons. Je la remercie et lui passe le carton avec les livres en lui demandant de les ranger dans la bibliothèque. Pendant ce temps, je m'occupe des habits et Laurent des affaires qui vont sur le bureau. Ophélie ouvre le carton et sort les livres. Puis elle dit :
    « - Maman m'a dit qu'il ne fallait jamais mentir. » Je me tourne pour la regarder.
    « - En effet, mentir ce n'est pas bien.
    - Et pourtant, tu as menti ! » J'avale de travers ma salive. Ophélie s'approche de moi avec la photo de Laurent et moi dans les mains. Elle a de nouveau son grand sourire malicieux. Je la lui retire directement des mains dès que je la vois. Elle rigole. Laurent est de dos, mais je l'entends pouffer. Je range la photo dans un des tiroirs de l'armoire en me méfiant des regards d'Ophélie. Je finis de ranger mes habits et prends le relais sur les livres. Ophélie sort de la chambre en disant qu'elle sait tout. Je soupire en rigolant. Je sens que je vais devoir en endurer beaucoup avec cette petite. Laurent a aussi finit le bureau et vient m'aider pour les livres qui restent. Ensuite il s’assoit sur le lit et me fait signe de venir le rejoindre.
    « - Tu vas t'éclater avec Ophélie, je ne m'inquiète pas. » Dit-il en rigolant.
    « - Arrête, ce n'est pas drôle. Je sens que je vais morfler.
    - Allez ! Au pire, tu m'appelles et je viendrai lui mettre la fessée ! » Il continue de rire. Je ne peux pas m'empêcher de rire aussi en imaginant la scène : Laurent qui coure après Ophélie pour essayer de l'attraper.
    « - Bon ça va, tu seras bien ici. Tu as même une piscine ! Attends-toi que Mathis vienne souvent te rendre visite !
    - Haha, je n'en doute pas. » Je le regarde et pense. C'est saugrenu. Je suis à la fois détruite mais heureuse d'être avec lui. Il pose ses mains sur mes joues et m'embrasse. Je m'empourpre directement. Il explose de rire face à mon expression étonnée. Il se lève.
    « - Je dois y aller. Un ami m'a passé les devoirs ce matin, et c'est pour demain.
    - Ah... D'a... D'accord. » Je l'accompagne jusqu'à l'entrée. Il remercie Lucie et Pascal pour l'accueil.
    « - Avec plaisir, reviens quand tu veux. » Répond Lucie. Il part. Je remonte dans ma chambre. Je prends mon agenda et fais mes devoirs. Une heure et demie plus tard, Lucie entre dans ma chambre avec un plateau de gâteaux et de thé. Elle le pose sur mon bureau et me demande quelle matière j'étudie. Je lui réponds l'Anglais et elle commence à me parler de ses études. Elle est professeur de français à l'université. Nous parlons pendant une heure puis elle part en me laissant le plateau. Je finis de travailler et je vais me doucher. Quand je sors, Ophélie me prévient que nous allons manger. Je prends le plateau, descends, le pose sur le bar et les aide à mettre la table. Nous mangeons. En tout cas, j'essaye. Je n'ai pas faim vu que j'ai beaucoup mangé ce midi. Et par chance, Pascal le remarque.
    « - Si tu n'as pas faim, tu peux débarrasse, ne t'inquiète pas pour nous. » Je le remercie et me lève. Ophélie a toujours le sourire aux lèvres quand elle me voit. Je monte dans ma chambre, prépare mes affaires pour demain et prends un livre. Lucie vient me voir vers vingt-trois heures pour me dire qu'elle va se coucher et qu'ils sont contents de m'avoir à leurs côtés. Je la remercie et lui souhaite une bonne nuit. Je lis jusqu'à deux heures du matin, quand je finis le livre. J'éteins la lumière et essaye de trouver le sommeil, qui ne vient que vers quatre heures.

         Le réveil sonne à six heures et demie. Je m'habille et descends. Lucie est déjà réveillée et est en train de prendre le petit-déjeuner. Elle me dit de la rejoindre. Je m'assieds et prends une pomme et un verre de jus de fruits. Elle termine de manger avant moi. Elle va à la salle de bain avant de partir à son travail. Je débarrasse mes affaires et finis de me préparer. Je sors et prends les clefs qu'ils m'ont laissées. J'atteins l'arrêt de bus de la Place de l’Église.
    Dès que j'arrive au collège, Émilie me saute au cou et me demande comment est ma nouvelle famille, s'ils ont un garçon de mon âge mignon. Je lui réponds négativement. Elle semble déçue.
    « - Dis donc, toi qui t'intéresses aux garçons ? C'est surprenant ! » Elle rigole timidement. « Non ! Tu as osé me le cacher ! Qui c'est ?
    - Tu vois Léo ?
    - Oui ?
    - Eh ben ce n'est pas lui ! Haha ! » Elle part en courant. Oh la méchante ! Je la rattrape. Elle s'arrête et avoue que c'est le Lucas de notre ancienne classe et qu'ils sont ensemble depuis la rentrée. Je la félicite et nous partons en cours car la sonnerie a retentit. Les cours me paraissent longs vu que j'ai hâte de retrouver Laurent à la récréation. Pendant l'interclasse, Mathis vient me voir et dit qu'il aimerait me parler pendant la récréation. Il a un air qui m'inquiète. De ce fait, l'heure de cours paraît encore plus longue. Quand ça sonne enfin, je me dépêche de sortir de la classe. Mathis aussi, il me rejoint.
    « - Qu'y a-t-l ?
    - Ça va, ta famille d'accueil est sympa ?
    « - Un petit peu... » Avoué-je, gênée. Il me regarde, étonné de me voir ainsi. Il dit que finalement, ça peut attendre et part. Je pensais qu'il allait me demander la raison. Je cherche Laurent du regard. Trouvé ! Il est devant son casier. Et Mathis le rejoint. Je les vois se parler. Laurent fait une drôle de tête puis rougit. Je m'avance un peu vers eux. Je peux à peu près les entendre. Mathis le questionne à propos de moi.
    « - Mathis ! Attends ! » Mathis part rapidement. Laurent l'attrape par le bras. Mathis s'arrête.
    « - C'est bon, j'ai compris. Je ne suis pas aveugle, faut pas croire. » Les garçons m'aperçoivent. Laurent m'envoie un regard désespéré. Je comprends le message. Mathis repart et je le suis.
    « - Mathis, écoute. » Il s'arrête et se retourne.
    « - Je suis heureux pour vous deux. Félicitations. » Dit-il en souriant. Je ne réponds rien. Il part et Laurent me rejoint.
    « - Je... Je...
    - Ça fait un bout de temps qu'il t'aime déjà... » Je garde le silence. Laurent me prend dans ses bras.

         Jusqu'à la fin de la journée, j'étais gênée quand je voyais Mathis. Dans le bus, j'écoute de la musique mais puisque j'en ai assez, je l'arrête. En rentrant, Pascal me salue et Ophélie aussi. Je leur dis bonjour et que je n'ai pas mal de devoirs à faire. Je monte et trouve Lightning endormie sur mon lit. Je l'embrasse puis fais mes devoirs. Nous dînons vers huit heures. Je me douche et m'allonge sur le lit. Je ne trouve toujours pas le sommeil. Je passe une nuit blanche à me remémorer les souvenirs que j'ai avec Mathis. J'éteins même le réveil avant qu'il sonne. Et je recommence une nouvelle journée.

         Jeudi soir, Mathis vient me voir avant que je prenne le bus. Il s'excuse pour ce qu'il s'est passé lundi, et je m'excuse à mon tour. Il me remercie et part.
    « - Mathis, attends ! » Il se retourne. « Notre amitié compte beaucoup pour moi.
    - Pour moi aussi. » Répond Mathis. « Sincèrement. » Et il repart. Je me sens beaucoup mieux. Pendant ces quatre derniers jours, je n'arrivais plus à me concentrer en cours et dès que je voyais Mathis, je sentais un vide dans ma poitrine. Mais l'avoir vu sourire me fait du bien. Je monte dans le bus et envoie un message à Laurent pour lui raconter ce qui vient de se passer. Il me répond en disant qu'il est content pour moi. Je le remercie et nous parlons de tout et de rien jusqu'à que j'aille me doucher.

         Le lendemain, nous avons cours de sport. Nous nous échauffons puis commençons le cours. Dès l'échauffement, je sentais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, mais je n'ai rien dit. Ce n'est qu'à partir des montées-descentes que ma vue commence à devenir floue. Mais je ne préviens pas le professeur. La fille que je rencontre me demande si ça va, alors je lui dis que oui et nous reprenons le match. A la fin du cours, j'ai l'impression que je vais tomber à chaque pas que je fais. Je range les filets et me dirige vers les vestiaires. Le professeur vient me voir.
    « - Léa. » Je me tourne pour le regarder. « Je veux qu'au prochain cours tu es un certificat médical pour que tu ne fasses plus de sport » Je le regarde hébétée. « Tu m'as très bien comprise. En deux semaines, tu t'es évanouie une fois et ce cours n'était pas excellent. Donc au prochain cours, tu ne feras pas sport. Allez, va te changer. » Je me retourne et repars pour les vestiaires. Je me change rapidement et rejoins la cour. Je vais poser mes affaires dans le casier. Laurent vient me voir.
    « - Salut ! » Je me tourne vers lui et le salue. Il prend mon sac et le pose dans le casier. Je le remercie.
    « - Ça va ?
    - Oui.
    - Tu es sûre ? Tu peux tout me dire, tu sais ? » Je ferme le casier à clefs et l'emmène sur un banc dans un coin tranquille. Nous nous asseyons. Je respire lentement puis prends une grande inspiration.
    « - En fait, ça fait presque deux semaines que j'ai des troubles du sommeil. Je dors tout au plus deux heures par nuit et sans me reposer. Je n'arrive pas à manger. Ni à me concentrer. Il me faut à peu près deux heures et demie chaque soir pour que je fasse mes devoirs. Et encore, je n'apprends même pas les leçons, je n'y arrive pas. Je n'arrive pas non plus à avoir les idées au clair. Je pense sans cesse aux accidents, et ça me rend malade. Quand je dors, je fais la plupart des fois des cauchemars. Ma famille d'accueil est gentille, c'est vrai, mais elle ne remplacera jamais la vraie. Je sais qu'ils font beaucoup d'efforts. Mercredi après-midi, ils m'ont emmenée voir un spectacle de danse. Mais quand je les vois, je sens la nostalgie naître à grand feu. Alors en plus, quand j'ai appris que Mathis m'aimait, je ne te dis pas à quel point j'étais. Je ne pouvais pas tomber plus bas. J'en ai marre de presque tout. Je me dis que le futur ne pourra pas être joyeux. Non, j'ai vécu trop de choses malheureuses pour ce futur. Je me sens seule, même si tu es là, il y a un énorme vide dans mon cœur, et j'ai peur qu'il ne soit plus jamais rempli. Il y a même des soirs où je regrette de ne pas avoir été ma sœur et mon frère quand ils ont eu l'accident de voiture... » Laurent me prend dans ses bras. Je n'avais pas remarqué que j'avais commencé à pleurer. Et que lui aussi.
    « - Je suis désolé » Dit-il « Désolé de ne pas pouvoir combler ce vide. Je te promets que je ferai tout pour que tu ailles mieux, que tu puisses retrouver ta joie de vivre rapidement. Je te promets... Je resterai toujours avec toi, quoiqu'il puisse arriver. » Je le sers fort avec mes bras. « J'espère ton bonheur du plus profond de mon cœur. » Je pleure beaucoup mais j'essaye tout de même de me calmer. Laurent essuie mes larmes avec ses grandes mains en me regardant droit dans les yeux. Je finis par arrêter de pleurer. Il est midi et demie passée et les classes de quatrième sont appelées. Laurent et moi restons sur le banc. Vers une heure de l'après-midi, je lève le regard vers Laurent. Je baisse la tête et je soupire. Laurent passe un bras sous mes jambes, l'autre derrière mon dos et il me porte.
    « - Hop ! » Je le regarde étonnée et mes joues sont roses foncés. « On va manger un morceau. Ce n'est pas avec le ventre vide que tu pourras prendre le chemin qui te mènera au bonheur. » Le soleil est derrière sa tête et m'éblouit. Mais je peux tout de même voir le sourire qui illumine son visage. Il me porte jusqu'à la cantine. Il me pose et nous entrons en même temps que les retardataires. Nous mangeons ensemble, juste tous les deux. Nous restons vingt minutes puis nous sortons. Il m'accompagne jusqu'aux casiers pour récupérer nos sacs. Il met le sien sur son dos et insiste pour porter le mien. Il m'escorte jusqu'à la salle de Français et pose nos sacs parterre. Il n'y a personne dans les couloirs pour le moment, la sonnerie n'est qu'à une heure et demie, dans un peu moins de cinq minutes.
    « - J'ai Physique-Chimie. » Dit Laurent. Les salles de sciences sont à l'autre bout du collège. J'acquiesce par un signe de la tête. Il prend son sac et me dit à tout à l'heure. Il commence à partir puis fait demi-tour. Je regarde le sol. Il met sa main sur ma tête pour la salle de Physique-Chimie. Ça sonne. Une minute plus tard, toute la classe est rangée. Nous entrons et la professeur nous annonce que nous allons faire une dictée que je réussis plutôt bien. Ensuite nous travaillons sur les autobiographies. Dès que ça sonne, mes affaires sont rangées dans mon sac et je sors de la classe. Dans la cour, Émilie m'aperçoit et vient de voir. Elle a un grand sourire sur le visage. Je ne dis rien et évite son regard.
    « - Oh ! Arrête de tergiverser Léa !
    - Oh... Je ne tergiverse pas du tout. ! »
    - Mais bien sûr ! » Elle prend mes mains dans les siennes. « Tu sors avec Laurent ! » Je rougis. « J'y crois pas ! Et tu parles de moi qui te fais des cachotteries ! »Je tourne la tête vers la gauche et aperçois Laurent. Il commence à venir et remarque qu’Émilie est avec moi alors il s'arrête et fait comme s'il cherchait quelqu'un du regard. Émilie s'écarte pour s'approcher de Laurent. Elle lui dit de baisser sa tête. Elle lui parle à l'oreille et son visage devient entièrement rouge. Émilie coure jusqu'à moi en rigolant. Laurent nous rejoint timidement. Je me demande bien ce qu'elle a pu lui dire. Laurent prend ma main dans la sienne. Nous parlons tous les trois pendant toute la récréation. Je finis à seize heures. Je descends du bus à l'arrêt de la place de l’Église et mon téléphone sonne. Je décroche. C'est Éric.
    « - Allô ?
    - Salut Léa. C'est Éric, ça fait un bail... » Il met un petit temps de pause. « Comment vas-tu ? 
    - Heu... Ça pourrait aller mieux, et toi ?
    - Je vais bien, merci. Qu'y a-t-il ?
    - Je t'en parlerai plus tard si ça ne te dérange pas. Que racontes-tu depuis que nous nous sommes vus au concert ?
    - Pas grand chose. Je vais chez Amandine pendant les prochaines vacances ! » Dit-il avec une voie joyeuse.
    « - Super, je suis heureuse pour toi. Je dois raccrocher, j'arrive chez moi. A bientôt.
    - D'accord, à bientôt, porte-toi bien. » Je raccroche. Je suis sincèrement contente pour lui et puis de toute façon, je n'ai plus de sentiments pour lui. Je range mon portable et rentre chez ma fa mille d'accueil. Je monte directement dans ma chambre, pose mon sac et prends mon agenda pour me débarrasser de mes devoirs, En prenant le classeur d'Anglais, une enveloppe tombe par terre. Je la ramasse. Il y a écrit : «  Pour Léa » . Je l'ouvre. Plus rapide ou plus objectif, on ne peut pas.
    « Dimanche, 11h30, devant le magasin artisanal. Laurent » En fait, si, on peut faire plus objectif car il a dessiné un cœur. Je souris. Plus qu'à attendre dimanche. Je fais mes devoirs puis je vais me doucher. Lucie et Pascal sortent dîner avec des amis ce soir.
    « - Occupe-toi bien d'Ophélie, on te fait confiance. » M'a dit Lucie en me faisant un clin d’œil. Génial, je me retrouve seule avec cette petite folle. Je sors de la salle de bain car je voulais me lisser les cheveux, et je vois Ophélie qui attend devant la porte. Je corrige : je vois Ophélie qui m'attend.
    « - Ah ! Pas trop tôt ! J'ai faim ! » Je regarde l'heure, il est seulement dix-neuf heures et quart. Elle me lance un regard meurtrier.
    « - D'accord, qu'aimerais-tu manger ?
    - Macdo ! » Je soupire. Tout sauf ça. J'ai horreur de cette « nourriture ».
    « - Allez ! Macdo s'il te plaît ! » Je réfléchis deux petites secondes. Dimanche j'ai rendez-vous avec Laurent, si je lui fais plaisir, je vais devoir utiliser toutes mes économies. Je descends à la cuisine et regarde ce qu'il y a dans les placards.
    « - Allez ! » Crie-t-elle. J'ai trouvé ce que je cherchais.
    « - Allez ! » Répète-t-elle. Je me tourne vers elle.
    « - Tu te calmes ! Je n'irai pas acheter à manger au Macdo, c'est clair ? Je vais moi-même cuisiner. Par-contre il me faudra environ une demie-heure. » Elle rouspète puis commence à faire une crise. Je pose les ingrédients sur la table, bien fort, et me mets à son niveau.
    « - Fais bien attention à toi, je suis plus âgée, alors tu me dois le respect ! Sinon, ce soir, nous ne mangerons que des légumes, me suis-je bien faite comprendre ? » Elle acquiesce de la tête et part regarder la télévision. Finalement elle sait obéir... Quand il s'agit de sa « survie ». Je coupe le pain et les pommes de terre puis fais cuire la viande et les pommes de terre. Je nettoie la salade, coupe des tomates, du fromage. Je mets les pain à griller et retire la viande du feu. Je prépare les hamburgers et retire ensuite les frites. Je commence à mettre la table.
    « - Léa... ?
    « - Oui ? » Je me tourne vers elle.
    « - On peut manger devant la télé s'il te plaît ? » Je la regarde sans dire un mot.
    « - Désolée pour tout à l'heure...
    - Je préfère ! » Je lui fais signe de venir. Elle se lève et me rejoint.
    « - Sors-moi des plateaux pour qu'on puisse déplacer plus facilement les couverts et les assiettes. » Elle obéit avec un grand sourire. Nous mangeons en regardant Le Royaume des Chats. Pendant que je débarrasse la table, je reçois un message. Je pose la plateau et regarde immédiatement le message. C'est Émilie qui m'écrit :
    « Alors ? Prête ? » Je me demande à quoi elle fait allusion. Puis je réfléchis et je comprends.
    « C'est toi qui lui as conseillé de m'inviter, c'est ça ? » J'envoie ce message en allant m'asseoir sur le canapé. Une minute plus tard, elle me répond :
    « Ooh ! Comment as-tu deviné ? En tout cas, oui ! Trouve-toi une jolie tenue ! » avec smiley qui fait un clin d’œil. Je lui réponds :
    « Je ne sais pas encore ce que je vais mettre... Je ne veux pas d'une tenue trop extravagante. Ni trop simplette. Quelque chose qui plaise à Laurent quoi. »
    « - Haha ! J'avais raison ! » Je tourne mon regard étonné vers Ophélie. Elle bondit sur place avec un grand sourire. Je commence à avoir peur.
    « - Tu sors avec Laurent ! Tu m'as menti !
    - D'accord. Je suis désolée.
    - Je ne te pardonnerai pas comme ça. » Mais pour qui se prend-elle ? Elle ne me respecte même pas et elle croit que j'ai envie de me « faire pardonner » ? Elle s'approche de moi avec un sourire malicieux.
    « - Je veux venir avec toi quand tu verras Laurent ! » Oh non, tout sauf ça.
    « - Non. » Elle grogne. Je finis de débarrasser et lui dit d'éteindre la télévision dès que le film finira. Je monte dans ma chambre et lis. Vers vingt-trois heures, j'entends Pascal et Lucie rentrer. Je m'endors ensuite.

         Nous sommes samedi soir et je cherche encore une belle tenue pour rencontrer Laurent demain. J'ai passé toute la journée à stresser. Je décide de mettre une robe à fleurs bleue et blanche avec un ton turquoise et une veste noire en coton . Je me couche finalement vers minuit, sans trouver le sommeil. De toute la nuit.
    Je me lève vers huit heures pour aller me préparer. Je me douche puis m'habille et mets du fond de teint autour des yeux pour cacher mes cernes. Je mets aussi du crayon bleu et du mascara. J'attache mes mèches de devant sur le côté par une fleur, bleue. Ensuite je regarde l'heure : dix heures. Je vais dans ma chambre et prépare un sac à main dans lequel je mets mon porte-feuille, mes clefs, un paquet de mouchoir, une petite bouteille d'eau et mon portable. Je descends. Je croise Lucie qui me souhaite une bonne journée après avoir fait un compliment sur ma tenue qu'elle trouve fine et élégante. Je sors et prends mon temps pour aller sur le lieu du rendez-vous. Il le reste tout de même quarante-cinq minutes avant qu'il soit onze heures. Au final, j'arrive avec un quart d'heure d'avance mais à ma plus grande surprise, Laurent est assis à côté de la petite fontaine. Il se lève dès qu'il m'aperçoit et rougit. Je le salue.
    « - Salut. Tu es magnifique comme ça. » Dit-il toujours rouge. « Enfin ! Je ne veux pas dire que tu ne l'es pas tous les jours, au contraire, enfin...
    - Haha, merci, ne t'inquiète pas, j'ai compris ce que tu voulais dire. » Il prend ma main.
    « - Allez ! J'ai préparé une journée rien que pour nous...
    - Trois ! » Nous nous retournons et avons la grande surprise de la voir. Ophélie. Laurent me regarde surpris. Moi je crois que je vais m'étrangler.
    « - O... Ophélie ! Qu'est-ce que tu fais là ? » Elle recommence avec son sourire.
    « - Sois je viens, sois je dis à maman et papa que vous avez menti sur votre relation ! » Laurent et moi nous regardons en même temps et il lui répond :
    « - Fais comme bon te semble alors. » Elle paraît surprise et déçue. Nous allons pour partir mais elle coure pour s'arrêter devant nous.
    « - Stop ! Emmenez-moi avec vous !
    - Je suis désolé, ce n'est pas faisable. Une autre fois, d'accord ? » Répond diplomatiquement Laurent. Je lui souris.
    « - Non ! Sinon je dis à maman que vous allez le faire ! » Renchérit-elle en nous choquant. Je relativise : elle n'a que neuf ans, elle ne peut pas parler de chose qu'elle ne sait pas.
    « - De quoi parles-tu voyons ? » Osé-je demander.
    « - C'est ça, tu le sais bien ! Ce que font les grands quoi. » Laurent s'étouffe et moi je crois que je suis sur le point de tomber. Nous nous regardons. Nous comptions juste passer la journée ensemble. Je soupire. Et Laurent accepte qu'elle vienne avec nous. Nous prenons le bus pour aller en ville. Ensuite nous allons visiter le zoo avant d'aller manger dans un petit restaurant tranquille. Nous parlons principalement de cours ou de sujets qu'Ophélie peut avoir du mal à comprendre. Puis vers trois heures, nous allons dans des magasins de livres et de jeux. Ophélie nous fait une crise, à nouveau. Elle veut absolument avoir un livre sur les animaux de compagnie. Je finis par céder et le lui achète. Et pour terminer, vers quatre heures et quart Laurent nous amène dans une salle d'arcades. Ophélie se dirige immédiatement vers un jeu de course de chevaux. Nous nous la suivons et nous arrêtons assez éloignés d'elle.
    « - Un peu de repos. » Déclare Laurent en rigolant.
    « - Il faut tout de même la surveiller. » Il continue de rire. « Je suis désolée qu'elle soit venue...
    - Ce n'est pas grave ! J'avoue que ce n'est pas la journée à laquelle je m'attendais, mais c'est pas mal aussi ! » Je lui souris gênée. Il m'embrasse rapidement avant qu'Ophélie finisse son jeu. Nous allons essayer plusieurs jeux avant de quitter le lieu vers cinq heures pour prendre le bus et rentrer. Laurent nous raccompagne. Je le remercie pour cette journée. Il va pour me faire la bise mais il me chuchote à l'oreille :
    « - Si tu veux, dimanche prochain, nous pouvons ressortir comme aujourd'hui. Enfin je veux dire sans Ophélie ! » Je rigole et accepte. Il s'en va ensuite après avoir salué Pascal qui revenait d'un concours de pétanque. Je monte dans ma chambre. Ophélie vient me voir.
    « - Désolée d'être venue alors que vous deviez passer la journée ensemble. » Me dit-elle. Je la regarde, je suis vraiment surprise.
    « - J'espère que nous referons des journées pareil ! » Termine-t-elle avec son sourire habituel. Elle sort de ma chambre et je soupire. Même pas en rêve. Je ferme les yeux et imagine la journée que nous aurions passée Laurent et moi sans elle. Finalement, je préfère arrêter d'y penser, aller me doucher, manger un morceau et me coucher après avoir préparer mes affaires de cours du lendemain.


  • Commentaires

    1
    Jeudi 5 Juin 2014 à 21:46

    Ah ! Je l'adore !!! ^^ La SUITE !!!

    2
    Vendredi 6 Juin 2014 à 19:08

    Merci ! =D

    3
    Vendredi 6 Juin 2014 à 21:41

    De rien ^^



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