• Chapitre 3

    Chapitre 3: Je voulais juste oublier

    J'ai perdu ma mère le jour de la rentrée des vacances d'hiver, et en plus, un deuxième malheur vient de tomber. J'en peux plus. Je n'arrive plus à dormir ni à manger. Ce qui a causé mon évanouissement en cours de sport... 



         J'ouvre les yeux. Le professeur est à côté de moi, ainsi que Mathis et Corentin. Ils me parlent, mais je n'entends rien. Ma vue est floue. J'ai toujours cette migraine. Je souffre. Ce que j'aimerais fermer les yeux et ne plus jamais pouvoir les rouvrir. Je les ferme en espérant ça.

         Quand je me réveille, je ne suis plus dans le gymnase. Clément me porte sur son dos. Bien que ma vue soit toujours trouble, je sais que nous sommes sur le chemin pour revenir au collège. Il doit certainement m'amener à l'infirmerie. Je n'ai pas envie d'y aller. Je ne veux pas que l'infirmière sache. Je dis à Clément de me poser. Il ne le fait pas. Je le lui redemande.
    "- Léa ? Tu as dit quelque chose ?
    -Po... .se... moi... s'il te... plaît...
    - Tu es sûre que tu arriveras à marcher ?
    - Oui..." Il ouvre la grille du portillon et me pose parterre. Ma vue, qui s'était améliorée, recommence à se troubler. Je me redresse pour me tenir droite et mets une jambe après l'autre pour marcher. Je me dirige près du mur pour me tenir. Je marche très lentement. Dès que je pose une jambe, j'ai l'impression que je vais tomber. Et pour lever une jambe, c'est comme si je soulevais une jambe de béton. J'arrive tout de même à atteindre le mur. Je m'en sers pour me tenir et marche un peu plus rapidement. Clément reste près de moi, sur ses gardes au cas où je tomberais. Je le regarde et incline ma tête en signe de remerciement et pour qu'il me laisse aller seule à l'infirmerie. Il ne comprend pas. Ou alors il refuse.
    "- Ne t'inquiè... te pas... pour moi. Ça... va aller.
    - Non. Je t'accompagne.
    - Va en cours... Tu as... un match à fai... re contre Mathis, non ?" J'essaye de parler le mieux possible pour le rassurer et qu'il reparte.
    "- Mais Léa !
    - T'inquiète pas !... Je vais à l'infirmerie..." Il ne répond pas. Je recommence à marcher en m'aidant du mur. Je me retourne et lui fais un signe de la tête pour qu'il reparte en cours de sport. Je continue de marcher et arrive à l'entrée du couloir du rez-de-chaussée. J'entre. Clément repart finalement en cours en hésitant. Au bout de cinq minutes et d'une dizaine de pas, j’atteins une porte qui mène à la cours. Hors de question d'aller à l'infirmerie. Il n'y a pas de mur auquel je pourrais me raccrocher pour arriver aux bancs, alors je m'élance sans eux. Je fais quelques pas et ça semble se passer assez bien. Je continue de marcher puis ma vue devient noire. J'ai la tête qui tourne à nouveau et je n'entends plus rien. Je m'arrête. Au bout de quelques secondes, ma vue redevient normale. Je me remets à marcher toujours en direction des bancs. Je lève la tête et vois un beau ciel bleu dégagé, pourtant il ne fait pas encore chaud, puis trébuche. Par réflexe, j'ai mis mes mains devant. J'attends que mon mal de tête se calme et me relève. Du moins j'essaye. Je n'y arrive pas.

         Je ne sais pas combien de temps je suis restée par terre, mais au bout d'un moment, j'ai vu des mains devant moi pour aider à me relever. Je dirige mon regard vers la personne qui me vient en aide. C'est Laurent. Il a une expression grave sur son visage. Il prend mes mains et me remet debout. Je ne sens plus mes jambes et j'ai mal à la tête.
    "- L'infirmerie, c'est pas par là." Dit-il. Je ne réponds pas. Il me tourne vers la porte pour aller à l'infirmerie.
    "- Non... Je ne veux pas y aller.
    "- Tu es sûre le point de t'évanouir ! On doit t'amener à l'infirmerie et prévenir ta famille !
    - Non.
    - Léa, ne joue pas à ça avec moi." Je maintiens mon regard désapprobateur vers lui.
    "- Allez, viens. Tu dois rentrer chez toi. Tu es toute pâle, tu as des poches en-dessous des yeux et tu n'arrives même pas à tenir debout. On appellera ta sœur pour...
    - Ferme-la.
    - Pardon ?" Il me regarde, choqué.
    "- Je t'ai dit de la boucler !... Tu ne sais rien... de ma vie,... alors ferme-la !
    - Léa, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui ne va pas dans ta tête ? Non, c'est vrai je ne connais pas ta vie entièrement, mais il n'y a pas de rapport avec le fait que tu es sur le point de t'évanouir ! Alors c'est toi qui va te taire et rentrer chez toi !" Je lâche ses mains et m'écarte. Des larmes coulent sur mes joues et brouillent ma vision. De quel droit il se permet de me dire ça ? Il ne connaît pas ma vie, il ne sait rien, il ignore tout. Alors il n'a pas à me dire ce que je dois faire. Il s'approche de moi puis me porte dans ses bras.
    "- Je ne vais pas laisser tes caprices l'emporter et te laisser t'évanouir. Direction l'infirmerie.
    - Pose-moi.
    - Hors de question.
    - Pose-moi.
    - Non.
    - Je t'ai dis... de me poser !
    - Non ! Si tu pouvais voir dans quel état tu es !
    - Et alors ?" Il s'arrête et me regarde.
    "- Et alors quoi ? Je te l'ai dit, je ne vais pas te laisser t'évanouir. Il en est hors de question." Je ne dis plus rien. Nous arrivons devant la porte de l'infirmerie. Il soupire avant de me déposer sur le sol. Je commence à partir. Il m'attrape par le bras.
    "- Où vas-tu ?" fut la dernière que j'entendis avant de tomber par terre et dans les pommes.
    J'entends des bruits de pas et de portes qui s'ouvrent puis qui se ferment. Je décide de voir où je suis, c'est-à-dire dans une des deux chambres de l'infirmerie. Ça y est, je me rappelle. Je me suis une nouvelle fois évanouie. Et je suis encore ici, vivante. Je me retire de la couverture et sors mes jambes du lit. Je me sens mieux que pendant le cours d'EPS. Je me lève et me dirige à la porte. Je colle ma tête contre elle et essaye d'écouter ce qui se passe de l'autre côté. Je crois qu'une élève de sixième est malade mais je n'en suis pas sûre. Il faut croire que, pour une fois, les murs et la porte isolent bien. J'ouvre la porte. L'infirmière vient me voir et me demande si je vais mieux. Je lui réponds oui et que la sixième peut prendre ma place dans la chambre. Pas besoin de le redire, elle me remercie et accoure jusqu'au lit pour se reposer. Vu son teint pâle, je comprends qu'elle veuille vite dormir avant que ses parents ne viennent la récupérer.
    "- Tu vas mieux alors ? Tu veux que j'appelle tes parents pour qu’ils viennent te chercher ?
    - Non, ça ira, merci.
    - Tu es sûre ? Tu finis à quelle heure ?
    - À cinq heures.
    - Il reste encore deux heures et demie, tu tiendras, tu en es certaine ?
    - Oui, merci.
    - Bon d'accord. Alors rejoins le CDI.
    - D'accord, merci." Je pars, avec hâte.
    "- Et viens me voir si jamais tu te sens mal !" Je me retourne et secoue la tête en signe d'acquiescement. Je sors de l'infirmerie et me dirige vers le CDI comme elle m'a dit de faire.

         Il y a peu d'élèves au CDI. Ils préfèrent rester dans la partie de la cour réservée aux permanences maintenant. Je vais voir le documentaliste et lui explique que je sors de l'infirmerie et qu'on m'a dit de venir ici. Il prend mon nom et mon prénom et me dit d'aller m'occuper. Je prends une feuille et un stylo et pars m'installer à une table qui est libre. Je ferme les yeux et pensent à des mots. Le seul qui me vient et qui reste est "forget". Je l'écris de différentes manières sur la feuille. Puis je me mets à gribouiller des petits dessins à la va-vite. Je me lève pour aller chercher d'autres feuilles, un crayon et une gomme. Après avoir récupéré ce qu'il me fallait, je me remets à dessiner. Mais plus clairement cette fois. Même en dessinant, "forget" reste dans ma tête. Un ami à lui est venu s'incruster, "die". Alors je le rajoute sur mon dessin. Plein de mots s'ensuivent ensuite. Je les représente tous. Puis la sonnerie retentit. Je sors de mon dessin et l'observe. On ne peut pas dire qu'il soit très gai. Je plie la feuille et la prends avec moi. Je rends ce que j'ai emprunté et sors du CDI. Je dois aller voir le professeur de sport pour récupérer mes affaires. J'arrive dans la cours et je m'arrête. Plus la pleine je pense, Mathis est déjà devant moi. Il me passe mes affaires d'un air grave. Je ne comprends pas pourquoi jusqu'à ce que j'aperçoive Laurent derrière lui qui parle à Clément. Je les récupère et le remercie avec une petite voix. Je commence à partir vers les casiers mais il m'interpelle.
    "- Tu es fière ?" Je me retourne.
    "- Pardon ?
    - Quand on te dit d'aller à l'infirmerie, tu y vas et tu ne discute pas. C'est pas compliqué. Léa...
    - Oui, OK, j'ai compris.
    - On s'inquiète pour toi. Alors, s'il te plaît, ne nous donne pas encore plus de raisons de s’inquiéter.
    - J'ai compris.
    - Non, tu n'as pas compris." Clément et Laurent nous ont rejoints.
    - Je n'aurais pas dû te laisser. Je suis à la limite de dire que je n'aurais pas dû te faire confiance...
    - Je suis désolée." Mon portable se met à vibrer. Je le sors. C'est un message de l'école maternelle. Ils me demandent comment je vais et si Enzo va bien puisqu'il est absent. Comment pourrait-il en être autrement ? Ils me demandent aussi de passer après les cours. Je leur réponds que je verrai en fonction de mes devoirs. Mathis m'attrape par le bras et m’emmène assez loin pour que les garçons n'entendent pas notre conversation.
    "- Léa, réponds-moi sincèrement. Que se passe-t-il ?
    - Tu le sais.
    - Et je sais aussi qu'il n'y a pas que ça. Je te connais tout de même.
    - Ah. Normal, je te connais aussi depuis mon plus petit âge.
    - Alors dis-moi.
    - Je ne vois pas ce qu'il y a à dire.
    - Léa.
    - J'ai eu un chaton. Je l'ai appelé Lightning.
    - C'est bien, mais ce n'est pas ça qu'il y a.
    - Si tu en es si certain, pas besoin de te le dire." Je pars.
    "- J'appelle ta sœur si c'est comme ça." Je le regarde. Il sort son portable puis le met à son oreille.
    "- Je suis désolé d'avance si je la dérange à son travail." Je ne réponds rien. Je me contente juste de l'observer. Je ne pense rien non plus. Il attend qu'elle réponde. Il attend encore. Elle ne répond pas. Il réessaye. Elle ne répond toujours pas, logique.
    "- Elle m'a toujours répondu avant. Même si elle travaillait." Il se tait puis lève son regard vers moi.
    "- II ne lui est rien arrivé j'espère ?" Il maintient son regard. Je ne dis rien.
    "- Léa !" Je me retourne et pars en le laissant seul avec sa question. Je dépose mon sac de sport au casier et rejoins la salle de classe. J'aperçois Émilie mais je l'évite. Elle est heureuse, que je n'aille pas lui retirer sa félicité !

         Presque une semaine passe de cette façon. Nous sommes mardi après-midi. Cette journée a été longue, beaucoup trop longue. Je n’ai parlé que très peu aux garçons et quand j’étais avec Emilie, j’évitais de dire quoique ce soit. J’ai très peu dormi et mangé et de ce fait, je suis exténuée. J’ai aussi raté les cours de danse. Je prends le bus. L’école maternelle m’a contactée la semaine dernière et je ne suis toujours pas allée les voir. Mais je n'ai pas envie de leur parler. Je mets mes écouteurs et écoute de la musique. Le bus s'arrête au premier arrêt. Puis il repart. Au deuxième, je descends. J'aime marcher quand ça va mal, ça me permet de ne penser à rien. Je range mon portable et regarde le ciel. Il est toujours aussi dégagé mais l'air s'est rafraîchi. Je marche tout droit. Puis je tourne à droite, passe par des escaliers et arrive à un petit près. Je le traverse pour ensuite atteindre une route en mauvaise qualité. Je la prends, tourne à gauche et j'arrive sur une pente. En bas, il y a des commerces: un petit magasin, une librairie, un café, un coiffeur mais aussi une pharmacie. Il existe un petit raccourci pour rejoindre l'école. Je l'emprunte. C'est peut-être une rue étroite et sombre, mais l'été, le soleil la réchauffe et des fleurs la décorent. Dommage que nous soyons encore en hiver. Un garçon m'arrête. Je le dévisage sans poser de question. Il est grand, porte du noir et a un sourire au bord des lèvres. Je ne le connais pas. Remarque que je lui fais. Il rigole.
    "- C'est normal voyons. C'est comme ça qu'on fait de nouvelles rencontres.
    - Et vous me voulez ...
    - Oh juste... Vois-tu je t'ai vu marcher seule du coup je t'ai suivie. Tu n'as pas l'air super bien. Quand on te voit, en tout cas, moi, j'ai l'impression que tu as plein de problèmes. Je me trompe ?
    - En quoi ça vous regarde ?
    - Ne sois pas si distante. Si tu veux, je peux t'aider à oublier tes problèmes." Il penche un peu la tête, toujours avec le même sourire. Oublier, mais bien sûr, je ne peux pas oublier ce qui m'est arrivé, c'est juste irréalisable.
    "- Tu ne me crois pas ? Haha ! Je te promets, je peux t'aider. Moi-même, j'ai eu plein de problèmes et finalement, j'ai réussi à les oublier. Pas entièrement, mais ça me suffit. Dès que je retombe, je recommence et j'oublie.
    - Et vous pensez que je vais vous croire ?
    - Ah. D'accord, alors je vais t'en parler." Il soupire. Il prend une inspiration et m'explique. Il y a deux ans, il était en voiture avec des amis. Ils venaient de passer une soirée ensemble et ils avaient un peu bu. Il était le seul à avoir bu avec modération, sauf qu'il n'avait pas encore le permis de conduire. Ils avaient pris une petite route de campagne. Il n'avait peut-être pas beaucoup bu, mais comme il n'était pas habitué à l'alcool, il se sentait mal. Il demanda à ses amis d'arrêter la voiture pour qu'il descende prendre l'air. Sauf que ses amis ont voulu lui faire une petite blague. Ils sont repartis alors qu'il n'était pas encore remonté dans la voiture. Il leur cria "Hé ! Attendez-moi ! Hé !... Hé ! HÉ ! Faites attention !". Mais c'était trop tard. La voiture avait déjà traversé le passage à niveau et se prit le train. Il resta seul jusqu'à ce que la police et l'ambulance arrivent. Il me dit qu'à partir de ce moment, il voulait oublier ce qui s'était passé. Il avait perdu son meilleur ami, sa grande-sœur et un autre ami proche. Je comprends ce qu'il a pu ressentir. Qu'il ait voulu oublier. Mais y est-il vraiment arrivé ?
    "- Et finalement, oui. Au départ, j'étais comme toi, je n'y croyais pas. Puis, j'ai essayé et ça a marché.
    - Ah.
    - Alors ?
    - Hum...
    - Allez, suis-moi, tu m'expliqueras ce qui t'est arrivé si tu en as le courage." Il me prend par le poignet et m’entraîne. Nous arrivons à une maison. Nous grimpons les escaliers et entrons. Il y a une forte odeur à l'intérieur, très désagréable. Mais je m''y habitue assez vite. Nous atteignons un salon. Il y a deux autres garçons qui sont en train de fumer. Et je me demande quoi quand je les vois et quand j'entends leur petite voix dire:
    "- Oh... Benv'nue à ti, p'tite." Je regarde de travers celui qui me dit ça.
    "- Au fait, je m'appelle Fabien. Et toi, quel est petit nom ?" Je réfléchis. Puis je me dis que je n'ai rien à perdre si j'oublie.
    "- Léa." Il me sourit et me fait m’asseoir sur un fauteuil. Il part. J'observe la salle. Les rideaux sont abîmés, le sol est sale, mais le fauteuil et le canapé sont en bon état. Il y a une table avec des assiettes en carton posées dessus et une commode à côté de la fenêtre. Un tiroir est entrouvert. Je distingue de là où je me situe beaucoup de paperasse et des classeurs. Fabien revient et me tend un verre.
    "- Tiens, bois. Je te promets, tu oublieras tes problèmes après." Je le regarde quelques secondes puis prends le verre. Il s’assoit sur le canapé, en face de moi, toujours avec son sourire aux lèvres.
    "- Bois, ça ne te fera pas de mal." Je baisse mon regard pour voir le verre puis je repense aux malheurs qui me sont arrivés. Je bois la moitié du verre puis tousse.
    "- Fais attention ! Haha. Ne bois pas trop rapidement, tu pourrais boire de travers." Je lève mon regard jusqu'à lui. Il part une nouvelle fois et revient avec un autre verre qu'il donne à l'un des deux garçons. Ma tête commence à tourner et je me sens mal. Je lâche le verre qui se casse en atteignant le sol. Fabien s'approche de moi et me demande si je vais bien. Je n'arrive pas à parler. Ma vision devient floue puis redevient normale, puis flou, ainsi de suite. Ma tête continue de tourner.
    "- Ça n'a pas l'air de bien passer avec toi. Pas la première fois en tout cas." Il prend un tissu qu'il mouille et me le passe sur le visage.
    "- De près, tu as un joli visage dis donc." Il sourie toujours. Ma vue se remet à être flou. Puis un bruit survient. Quelqu'un vient d'enfoncer la porte. Je me lève par surprise mais tombe à genou. Je n'ai plus beaucoup de forces. J'entends quelqu'un, je crois, crier mon prénom, mais je ne suis pas sûre du tout. Ma tête me fait un peu moins mal. Je me mets à rigoler puis me calme. Je lève la tête pour voir se qui se passe. Fabien a les poings serrés, près à se battre. Le garçon qui est entré n'était pas attendu. Ils échangent des paroles puis se mettent à se battre. Les deux autres garçons les regardent faire avant de s'éloigner en grommelant. J'essaye de les regarder à mon tour, mais n'y parviens pas vraiment. Je vois juste des coups partir et en prime j'entends le son qui correspond aux coups. Le garçon qui s'est incrusté dans la maison tombe au sol en se cognant contre la commode. Ma rue redevient normale seulement quelques secondes. Mais ces secondes étaient suffisamment longues pour que je distingue le visage du garçon. C'est Laurent. Il se relève et frappe de toutes ses forces Fabien qui à son tour tombe. Lui aussi se cogne la tête mais contre le coin de la table. Il crie de douleurs. Laurent vient jusqu'à moi et m'attrape par le haut du bras. Il me relève et me regarde. Ma tête recommence à me faire mal et à tourner. Il me dit de me dépêcher, je crois. Je n'en suis pas sûre du tout. Je ne sais même pas si ce n'est pas mon imagination qui me joue des tours. Si ça se trouve, je suis chez moi, en train de faire un rêve vraiment étrange. Laurent soupire. Il lâche mon bras pour pouvoir me prendre sur son dos. Je pose ma tête contre son dos. Nous sortons de la maison, descendons les escaliers et atteignons la rue. Ma tête me fait mal et ma vue est toujours floue.
    "- Qu'est-ce qui ne va pas Léa ? Sérieusement, qu'est-ce qui t'a pris de suivre cet homme que tu ne connais même pas ! N'es-tu pas consciente des dangers qu'il existe ? Imagine que je ne sois pas venu, que t'aurait-il fait ? Tu ne sais pas tous ce qui peut arriver aux filles de ton âge ? Tu y as réfléchi un peu à ça ?" Des larmes coulent sur mes joues. Je me mets à sangloter.
    "- Léa... Qu'est-ce qu'il y a ?
    "- Je suis désolée... Tout ce que je voulais... c'était oublier... Tout oublier...
    - Oublier ?" Ma migraine revient en même temps que ma raison.
    "- Oublier ce qui m'est arrivé..." Il ne dit rien. Mais maintenant que j'ai commencé, je dois terminer.
    "- Le jour de la rentrée... il y a eu un incendie à l'école où travaille ma mère... Et hier... Hier..." Je continue de pleurer. Je serre mes poings en attrapant involontairement la veste de Laurent. "Mon petit frère et ma grande-sœur ont eu un accident de voiture... Ils ne sont plus là... Je... Je suis seule maintenant...
    - Je ne savais pas... Je suis sincèrement désolé..." Des larmes continuent de couler à flot sur mes joues.
    "- Ce que j'aimerais que ce ne soit juste qu'un simple rêve ou une plaisanterie de mauvais goût. Ce que j'aimerais pouvoir revenir en arrière pour pouvoir profiter d'être avec ma famille. Si j'avais su plus tôt ce qui allait se produire... J'aurais été plus sympathique avec ma mère, je l'aurais aidé plus souvent, j'aurais mis ma crise d'adolescence de côté... J'aurais fait plus de sorties avec ma grande-sœur, j'aurais fait en sorte que nous soyons plus proches... Je serais venue chercher mon frère plus souvent à la sortie de l'école, je l'aurais accompagné à ses cours de cirque et je l'aurais encouragé... Mais maintenant... C'est trop tard... C'est fini... Je m'en veux... Pourquoi... Pourquoi eux et pas moi ? Pourquoi suis-je encore en vie ?" Laurent de dit rien. Je l'ai mis dans une position délicate, je m'en rends compte et en suis désolée.

         Laurent continue de marcher en me portant, je crois. Ma tête a arrêté de tourner mais je me sens anormale. Tout tourne autour de nous. Nous tournons et en face se trouve une grande bouche prête à nous avaler. Laurent continue de nous avancer jusqu'à elle. Elle, la bouche, n'attend que ça. Ça y est, elle nous a avalés et se referme derrière nous, avec ses grandes dents. A l'intérieur, elle est aménagée. Il y a un canapé, une table en forme de bar, une armoire, une commode et une table basse qui volent. Laurent me dépose sur le canapé et m'allonge. Il a une tête d'elfe. Il met sa main sur mon front. Derrière lui, il y a un loup allongé, tranquille, qui me regarde étrangement, silencieusement. Il me fait peur. Peut-être que si je ferme les yeux, je disparaîtrais. Je décide d'essayer et ferme donc les yeux.


  • Commentaires

    1
    Samedi 10 Mai 2014 à 22:36

    Wouaw c'est franchement une histoire tragique mais j'adore vivement la suite !!

    2
    Dimanche 11 Mai 2014 à 10:18

    Oui c'est le but ^^ Phase 1: "pas chanceuse" en cours ! >.<

    Merci beaucoup de lire mon histoire en tout cas ! =D

    3
    Dimanche 11 Mai 2014 à 10:29

    De rien à moi aussi sa me fait plaisir de lire une histoire juste super ^^



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